La pandémie de Covid-19 met en évidence de façon criante la fragilité d’un système agro-alimentaire industriel mondialisé. Mentionnons trois cas intéressants., etc.) qui vont bientôt arriver.

3 millions pour réparer les âneries de Proviande

Sur le site de la BauernZeitung, le principal journal agricole suisse, on peut lire l’interview du directeur de Proviande, l’organisme qui est chargé de gérer la filière de la viande en Suisse (traduction ici). Il s’exprime du contingent d’importation de viande de bœuf de 1’400 tonnes que cet organisme a demandé à l’Office fédéral de l’agriculture en date du 6 mars, soit dix jours avant la fermeture des restaurants. La conséquence de la libération de ce contingent d’importation est que le Conseil fédéral a été contraint de mettre 3 Mios sur la table pour congeler du bœuf produit en Suisse, tandis qu’on trouve dans la grande distribution du bœuf de provenance variée (Uruguay, Paraguay, etc.) à moitié prix. Sans cette intervention publique, le prix de la viande de bœuf aurait connu une chute dramatique.

On ne savait pas, se défend le directeur de Proviande. Drôle de défense! Le 28 février, l’OMS portait la menace mondiale à très élevée. Le lendemain, les rassemblements de plus de 1000 personnes étaient interdits. Du 4 au 6 mars, le nombre de malades testés positifs en Suisse était multiplié par un facteur trois… Or, la Suisse est autonome à 80% en viande de bœuf (fourrage non compris). Les signes de propagation de la maladie auraient donc dû déterminer une politique d’importation prudente qui n’aurait jamais conduit à une pénurie sérieuse.
Cette affaire souligne le caractère central de la restauration hors domicile dans le système agro-alimentaire. L’arrêt des activités de McDonald’s, mais aussi des géants de la restauration collective a ainsi conduit, d’un jour à l’autre, à une crise de surproduction qui coûte 3 Mios à la Confédération, c’est-à-dire à chacune et chacun d’entre nous.

Pour mieux comprendre les enjeux, voir notre fiche pédagogique sur la filière viande.

Focus sur la main-d’œuvre saisonnière

La fermeture des frontières et les difficultés de déplacement empêchent de nombreuses travailleuses et travailleurs saisonniers de l’agriculture de se rendre sur leurs lieux de travail. Comme son homologue français, le conseiller fédéral Guy Parmelin a appelé «à aller dans les champs et aider les agriculteurs». Ces appels romantiques au volontariat négligent un aspect important du problème: bien qu’elle soit incroyablement mal rémunérée, la main-d’œuvre saisonnière accomplit le plus souvent des tâches hautement spécialisées. On ne s’improvise pas récolteur d’asperges, effeuilleuse de vigne ou tailleur de pieds de tomates… Il faut pour ces métiers des connaissances spécifiques et une résistance physique particulière (travail sous les serres, charges lourdes, etc.)

Dans les secteurs de l’agriculture industrielle qui n’ont pas encore été mécanisés, le travail agricole est pénible, répétitif et souvent dangereux. Rien à voir avec un retour à la terre peut-être rêvé par certain.e.s.

Ici aussi, la pandémie révèle l’immense fragilité de l’agriculture industrielle qui dépend d’une main-d’œuvre migrante surexploitée et déconsidérée, mais irremplaçable.